Madagascar : l'enfer au paradis dans Enquête Exclusive sur M6

Publié le 1 Novembre 2015

Bernard de la Villardière (Crédit photo : Pascalito / M6 )

Bernard de la Villardière (Crédit photo : Pascalito / M6 )

Ce soir à 23h, Bernard de la Villardière présentera sur M6 un numéro de son magazine Enquête Exclusive avec au sommaire Madagascar : l'enfer au paradis

Pour les touristes étrangers, Madagascar a tout d'un paradis : plages désertes, eau turquoise, soleil toute l'année, végétation luxuriante et une faune extraordinaire que l'on peut approcher au plus près (lémuriens, tortues géantes, dauphins et même baleines).

Pour les investisseurs, dont de nombreux Français, la grande île de l'Océan Indien présente d'énormes avantages. Ici, une sublime villa avec plage privée coûte moins cher qu'un studio à Paris. Et plusieurs hectares de terrains vierges bordés de cocotiers avec accès à la mer se négocient pour quelques milliers d'euros. Résultat, les professionnels du tourisme se bousculent. Et pour faire tourner hôtels et restaurants, la main d'œuvre ne coûte rien, ou presque (smic malgache : 30 euros par mois). Sur l'île paradisiaque de Nosy Be, nous avons suivi le quotidien d'une femme de chambre d'un hôtel de luxe. La journée est facturée 600 euros aux clients étrangers. Elle gagne 1 dollar par jour et vit dans une cabane sans eau ni électricité.

Derrière le décor de carte postale, c'est la majeure partie de la population qui vit dans le dénuement. Madagascar est l'un des pays les plus pauvres du monde. 92% de la population vit sous le seuil de pauvreté. Et 1 enfant sur 3 quitte l'école avant l'âge de 14 ans. Dans les carrières de pierre, certaines étant situées juste derrière les plages de rêve, vous découvrirez le quotidien de cette famille, obligée de faire travailler ses très jeunes enfants. Nina, 7 ans, casse des cailloux toute la journée pour les transformer en gravier. Pour sa mère, seul espoir : que sa fille épouse un blanc, un riche étranger, qui la fera sortir de cette misère.

De nombreuses jeunes filles offrent aussi leurs charmes aux touristes blancs, que l'on appelle « les Vazahas ». Sur l'île, la passe se monnaie autour de 10 euros et rien ne semble freiner le développement du tourisme sexuel. Des filles de plus en plus jeunes, souvent mineures, se prostituent. Et la police reste inactive ou impuissante face à ce fléau.

De son côté, la population locale, se sentant exploitée, est aujourd'hui à bout de nerf. Et il lui arrive de rendre la justice elle-même, jusqu'au lynchage en place publique, transformant ce paradis naturel en un baril de poudre prêt à exploser.

Rédigé par Le Zapping du PAF

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Randria 02/11/2015 16:14

J'apprécie entièrement votre enquête sur ce beau pays qui est le mien. Nombre de malgaches pourraient être outrés en la voyant mais je fais partie de ceux qui adhèrent complètement à cette dernière.
Cela fait quelques mois que j'ai quitté mon pays pour entrer en France. Les failles du système malgache ne s'arrêtent pas uniquement au tourisme sexuel, à l'exploitation abusive des investisseurs étrangers et à la pauvreté. Les failles sont présentes à la tête même.
Je peux dire que les défaillances sont encore plus loin, la corruption est devenue une "valeur" même de certains de nos dirigeants qui accaparent tout profit à leur compte. A l'heure où je parle, les villes connaissent des coupures de courant durant environ 6 heures, et lors de ces coupures , les malfrats de la ville pillent, violent les malheureux restés dehors. Mais encore, le braquage des maisons devient de plus en plus fréquents. Certes, le Gouvernement ne prend pas de dispositions suffisantes pour contrecarrer l'insécurité, je peux même vous le dire certaines autorités font partie de ces opérations criminelles.
Nous affirmons aussi un réel problème de mentalité, une mentalité dite à l'état brut. Bon nombre d'intellectuels sont partis faire leurs études à l'étranger pour pouvoir revenir et faire de Madagascar, un pays sortant de la crise. Mais non, à Madagascar , ces "intellectuels" sont vus comme des fléaux, des obstacles à la Constitution, des prétentieux sortis de " grandes écoles" . On ne nous laisse pas le bénéfice du doute pour tenter d'accomplir quelque chose. Les instances politiques voient une menace pour leur porte-feuille. Ainsi je peux vous dire que les caisses d'épargne, le Trésor public etc servent de boîtes où les dirigeants puisent leur " argent de poche".

Nombre de français me disent " Oh Madagascar ça doit être paradisiaaaque avec vos plages" Non j'ai envie de dire. L'évolution de la détérioration de la ville est exponentielle. Vous ne pouvez pas sortir à plus de 18h à pied, vous ne pouvez pas portez d'objet de valeur sur vous sans avoir peur qu'on vous poignarde pour une vulgaire paire de boucles d'oreille, vous ne pouvez pas laisser votre fille sortir sans avoir peur qu'on l'agresse, les rues sentent la pisse, les ordures et la misère, vous ne pouvez pas faire plus de 2 mètres sans qu'on vous quémande de l'argent alors que vous même vous n'en avez pas. Mais Madagascar a son charme que beaucoup de pays n'ont pas, elle est accueillante, chaleureuse, colorée, elle respire la vie et la relaxation.

Beaucoup ont essayé de changer les choses, mais la discipline n'est pas à Madagascar. Les personnes sont certes accueillantes mais profiteurs pour la plupart. Arrivée en France c'est vrai, Paris est une ville difficile pour un étudiant étranger ( le manque d'argent, les personnes peu aimables, la technologie, les papiers par milliers...) , mais une différence s'opère, on peut survivre si on travaille dur et si on cherche. A Madagascar, tu peux survivre si tu es le fils, le petit fils, le cousin de M X pour un poste visé.

Partir à l'étranger est très difficile pour nous, malgaches, car la dépréciation de la monnaie nous oblige à n'avoir environ qu'un euro par jour pour manger. Nos parents se sacrifient pour faire de nous des leaders de demain. Et nous, jeunes malgaches sommes en effet en train de projeter un gouvernement futur pour redresser le pays. Mais, est ce qu'on nous laissera faire ? C'est à voir dans 10ans.