Par Jeremy

Dans le cadre de sa case Infrarouge, France 2 diffusera ce soir à 22h50 "Les fils de la terre", un documentaire d'Edouard Bergeon qui a reçu lors de la 25e
édition du Festival international des programmes audiovisuels (FIPA) qui s’est déroulée du 23 au 29 janvier 2012, la "Mention spéciale" dans la catégorie "Documentaires
de création".
29 mars 1999, 4h du matin. Christian, mon père, tombe sur mon lit en agonisant. Il vient d’ingérer des pesticides. Il ne se relèvera pas. Il avait 45 ans et était agriculteur.
Jusqu’au bout, mon père s’est battu seul et dans l’indifférence générale pour tenter de conserver son exploitation. Accablé de dettes, menacé de dépôt de bilan, épuisé physiquement et moralement,
il a fini par craquer, et s’est donné la mort.
Douze ans plus tard, je rencontre Sébastien, 38 ans. Il est éleveur dans le Lot. Dans les campagnes françaises, les années ont passé mais l’agriculture continue d’être en crise. Suite à la chute
des prix du lait et de la viande, Sébastien est endetté à hauteur de 500 000 euros, et ne peut plus payer ni les banques, ni les fournisseurs. Il travaille à perte 15h par jour, sans jamais
prendre de vacances. Son épouse Céline, enceinte de son 4e enfant, a du mal à vivre la situation. Sébastien doit en plus affronter le regard de son père, qui lui a cédé l’exploitation il y a une
dizaine d‘années. Jean-Claude, 62 ans et officiellement à la retraite, continue d’aider Sébastien sur la ferme. La cohabitation est rude.
Durant plus d’un an, j’ai filmé le combat quotidien de Sébastien et de sa famille, leurs espoirs et leurs déceptions. A leur côté, j’ai vécu et filmé ces moments difficiles, si proches de ceux
que les miens et moi avions enduré. De ce passé tragique, il ne reste que des souvenirs, une centaine de photos et des agendas. Ceux que remplissait ma mère pendant la dépression de mon père et
dans lesquels elle raconte notre longue descente aux enfers. Peu à peu, je découvre à quel point l’histoire de Sébastien et celle de mon père se ressemblent. Et à quel point elles sont
emblématiques de centaines d‘autres.
En France, le suicide des agriculteurs est un phénomène de plus en plus préoccupant. Entre 600 et 800 d’entre eux auraient mis fin à leurs jours en 2009. C’est de loin le taux de suicide le plus
élevé de toutes les catégories socio-professionnelles. Chaque histoire est singulière, mais un constat plus général s’impose : au-delà des difficultés économiques, le monde rural n’est plus en
phase avec la vie moderne. Horaires de travail très contraignants, pénibilité, solitude… Auxquels s’ajoutent pour certains ce poids du père, souvent lourd à porter pour le fils qui reprend
l’exploitation familiale, et qui doit seul assumer l’échec. En bout de route, le drame paraît presque inéluctable, comme une fatalité.
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