
C'est une première pour Le Zapping du PAF :
l'interview d'un président de radio. A l'occasion de la publication par l'Institut Médiamétrie des audiences radio pour la vague novembre - décembre 2008,
Jean-Paul Cluzel, Président du groupe
Radio France, a répondu à nos questions.
Comment analysez-vous les résultats Médiamétrie tombés ce matin pour Radio France et pour les stations du groupe ?
C’est un des meilleurs résultats depuis de nombreuses années et je suis évidemment très content. La position de leader de Radio France par rapport aux autre groupes radiophoniques tant en Audience
Cumulée qu’en Part d’Audience s’accroît. France Inter a fait un remarquable travail car passer de 9.9% à 10.6% d’Audience Cumulée, c’est une belle progression. France Bleu qui passe de 6.6% à 6.9%
en Audience Cumulée et de 5.5% à 5.8% en Part d’Audience, c’est très beau aussi. France Culture enregistre son meilleur résultat en nombre d’auditeurs de tous les temps, c’est une radio qui fait un
travail remarquable.
"Il y a peu de comparaison voire rien entre NRJ et France Inter"
Les musicales traversent une période difficile et l’écart entre NRJ et France Inter n’est que de 0.1 point, France Inter peut-elle détrôner la première musicale de France ?
Je vais vous répondre très franchement, pour moi ce n’est pas un critère. Il y a peu de comparaison voire rien entre NRJ et France Inter. Il se trouve que nous, nous progressons pour des raisons
diverses et eux déclinent car la consommation de la musique change complètement. Dépasser NRJ, c’est évident que tous les journaux en feraient leur titre mais à mon avis ça ne dit rien sur la
qualité de NRJ. C’est comme si vous compariez une Twingo à une Porsche, les deux sont excellents dans leur catégorie. On a dans le déclin des musicales un problème structurel de consommation de la
musique et en revanche, dans la bonne santé des généralistes, un besoin de sens que les auditeurs des généralistes françaises trouvent plus qu’ils ne le trouvent à la télé ou ailleurs. On a par
rapport à la concurrence la chance d’avoir des stations très complémentaires.
Si France Inter gagne 400.000 auditeurs en un an, la tendance de France Info, malgré une durée d’écoute en progression et une Part d'Audience stable, est à la baisse. A quoi l’attribuez-vous
?
Avant pour avoir de l’information immédiate il y avait France Info et aujourd’hui il suffit de se mettre derrière son écran avec Google News, MSN News, Orange News, Liberation.fr, Le Monde.fr… Je
pense que si on n’avait pas fait le travail à la rentrée de l’année dernière en remodernisant la station et donner un peu de sens, on ne serait pas à 9.1% mais à 8% donc je n’ai pas de regrets. Ca
veut dire qu’évidemment il faut continuer à travailler mais même avec le meilleur des sites internet, on sera toujours contre les autres. Tout le monde est sur le net et c’est bien d’ailleurs
car pour une entreprise publique, rien ne vaut la concurrence.
"De nouveaux animateurs arriveront en février ou en mars sur Le Mouv'"
Le Mouv’ qui bénéficie c’est vrai de peu de fréquences repasse une nouvelle fois sous les 1% d’Audience Cumulée, la station va-t-elle connaitre des changements cette année ?
Hervé Riesen (Directeur de la station) n’a pas encore tout mis en place. On va bien évidemment évoluer en contenu qui va être renforcé mais cela ne va pas se faire en 3 mois. On est en train de
faire venir un ou deux nouveaux animateurs et il devrait y avoir des nouveautés à l’antenne en février ou en mars mais la vraie rentrée du Mouv’ sera en septembre. Il y aura aussi un nouveau site
internet pour la station.
Lundi prochain, toutes les stations du groupe proposeront une journée spéciale autour de la diversité, (Lire notre
article), comment est né le projet ?
Je pense que l’on est l’un des médias qui ont intégré ce qu’est la France d’aujourd’hui avant beaucoup d’autres. Ca s’entend dans nos contenus, la manière dont nous traitons les problèmes de la
diversité, est beaucoup moins sensationnaliste que beaucoup. Nombre de nos journalistes professionnels de très bonne qualité comme Ali Badou, Nourédine Zidane, Soro Solo sont issus de la
diversité.
L’élément déclencheur, c’est que j’ai fait mes études à Chicago en 1968, l’année de l’assassinat de Martin Luter King avec les émeutes dans le quartier de South Shore. Et ça fait 40 ans que je dis
que si la France ne fait pas quelque chose, nous connaitrons en France ce que les Etats-Unis ont connu dans les années 60 et c’est ce qu’on a connu à Clichy-sous-bois. Quand j’ai été nommé à Radio
France, je me suis dit que la priorité était de faire en sorte qu’il y ait dans nos équipes des journalistes venus des milieux pas forcement les plus traditionnels. Il faut que nous traitions de
ces problèmes avec sérieux.
Avec l’élection d’Obama, on a pensé que c’était le moment de traiter ce thème et de montrer dans toutes nos radios ce qu’est Radio France, c’est un ensemble de radios uniques dans lesquelles
il y a une approche complémentaire.
Quels sont les chantiers à venir au sein de Radio France ?
Renforcer l’identité de la radio, nos contenus culturels, notre rôle dans la création musicale que ce soit variété ou classique car on a des formations musicales et puis une réflexion sur ce que
doit être l’information dans le monde numérique.
Même si la nomination du Président de Radio France va changer, serez-vous candidat à votre propre succession en mai prochain ?
Je pense que cette réforme fait qu’on n’a pas à être candidat. Il faut qu’on me fasse signe et si on me fait signe, j’ai un bilan et des idées.
Entretien téléphonique réalisé le jeudi 15 janvier.
Crédit photo : Radio France / Christophe Abramowitz