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Rencontre avec Amélie Nothomb dans "A voix nue" cette semaine sur France Culture

Rencontre avec Amélie Nothomb dans "A voix nue" cette semaine sur France Culture

Dès ce lundi et toute la semaine de 20h à 20h30 sur France Culture, Marie-Laure Delorme proposera dans "A voix nue" une rencontre avec Amélie Nothomb.

L’entretien s’est réalisé chez son éditeur, Albin Michel, dans une pièce à côté du bureau où elle répond à son volumineux courrier. Amélie Nothomb a écrit plus de quatre-vingt-dix livres, dont une trentaine de publiés. Tous ses romans sont des best-sellers. La célèbre romancière belge dit pourtant : « je suis toujours aussi démunie». Soif est son 93ème livre. Elle y raconte, à sa manière, la crucifixion du Christ. Amélie Nothomb se confie intimement. Elle revient à plusieurs reprises sur son viol, à douze ans, sur une plage du Bangladesh, qui a fracturé sa vie en deux. Amélie Nothomb évoque sa peur, sa culpabilité. Elle confesse : «Depuis que je parle, on ne me croit pas. »

Lundi 26 août : L’enfance et l’adolescence
Elle a aimé son enfance et détesté son adolescence.  Elle est née en 1966, dans une famille belge, noble et catholique. Elle suit son père diplomate dans ses déplacements.  Le Japon est un choc. Elle se sent inadaptée à la vie, lors de son retour en Belgique, à l’âge de dix-sept ans. La publication d’Hygiène de l’assassin, en 1992, la propulse sur la scène littéraire.  Elle publie désormais un livre chaque année. Tous sont des best-sellers.

Mardi 27 août : La Genèse d’une œuvre
Amélie Nothomb revient sur Hygiène de l’assassin. Elle se disait à elle-même, lors de sa rédaction : «tu es en train d’écrire quelque chose d’énorme ». Elle parle d’un «manifeste littéraire». La romancière évoque ses rapports avec les journalistes puisqu’«Hygiène de l’assassin» met en scène la confrontation d’un Prix Nobel de littérature avec des journalistes.  Amélie Nothomb dit ne pas aimer parler de sexe et de politique en interview. Elle se présente comme une «modérée», une «centriste», en politique : «Je ne veux, en aucun cas, être un modèle. Seul le vote est important.» Elle analyse son histoire avec les médias : «J’ai beaucoup de mauvais souvenirs avec les journalistes. J’ai eu tous les malentendus du monde à cause du succès des livres. J’ai eu à faire face au mépris des journalistes. Le pire est l’interview condescendante. Je suis sortie, plusieurs fois, démontée d’une interview.» Amélie Nothomb est persuadée qu’elle sera une vieille dame mutique.  Comme son personnage d’Hygiène de l’assassin, il y a de la colère et de la violence en elle. Sa définition d’elle-même : « Je suis une personne qui a soif. Je suis potomane. Petite, je pouvais boire 4 litres d’eau».

Mercredi 28 août : La construction d’une œuvre
Elle le regrette, mais le constate : « On me voit comme une auteure de best sellers. Je n’appartiens plus à la littérature.»  Amélie Nothomb est une grande lectrice. Elle explique sa passion pour l’écrivain misogyne Henry de Montherlant. A sa lecture, elle se disait qu’elle ne devait pas devenir comme une des jeunes filles abominables décrites dans l’œuvre de Montherlant. « La féminité est effrayante. Il faut lire Montherlant pour savoir ce qu’il faut éviter de devenir.»  Elle connait de l’intérieur le pouvoir des mots. «Ma grand-mère me disait que j’étais particulièrement laide. J’ai sans cesse tenté d’être rassurée sur mon physique. Je disais à ma mère : est-ce que  je suis jolie ?  Elle me répondait : Tu es touchante.  Je reste convaincue que je suis une monstruosité de la nature.» Le grand thème de ses  romans est l’affrontement. L’autre est la grande affaire de sa vie.  «Comment entrer en contact avec lui ? J’écris des traités d’approche ou d’évitement de l’autre. Ma façon à moi d’être différente est d’être comme les autres puisque tout le monde est différent.»  Elle parle de son expérience amazonienne. Elle s’est déjà rendue trois fois dans la forêt amazonienne. Elle est partie s’isoler seule dans un village indien dans l’idée d’être initiée à un violent psychédélique (Ayahuaska).  Elle parle de ses trips de champignons et de LSD.

Jeudi 29 août : La personne et la personnalité
Quand Amélie Nothomb est revenue au Japon, à vingt et un ans, elle a connu l’échec.  « Je suis rentrée comme interprète dans une entreprise et j’ai fini comme dame pipi.»  Elle revient sur un viol subi à l’âge de douze ans, sur une plage du Bangladesh. Un avant et un après dans sa vie. «Ma vie était finie. J’étais dégradée. Je suis devenue dramatiquement anorexique. Mon corps n’avait plus de sexe. Ma famille a été témoin de ce qui m’est arrivé, mais il n’en fut jamais question». Amélie Nothomb a les larmes aux yeux en en parlant et assure qu’on ne surmonte jamais totalement un viol. Elle avoue que la télévision est le média qu’elle déteste le plus. Elle est alors dans un personnage. Elle parle de Brigitte Macron : «La principale qualité d’Emmanuel Macron, c’est Brigitte Macron. Dans ma famille, on est révulsé par ce couple. Brigitte Macron est une femme exceptionnelle.»  Si elle devait choisir une cause, cela serait la préservation de la forêt amazonienne.

Vendredi 30 août : Le temps qui passe
Amélie Nothomb arrive en avance partout. «J’ai un complexe de culpabilité énorme : je suis incapable d’arriver en retard.  Mon traumatisme, à l’âge de 12 ans, a fait de moi une personne coupable.»  Elle avance avoir peu changé au cours de sa vie. Elle a fait une analyse de six ans. «Face à ma psychanalyste, j’avais honte, honte de lui déballer tout ce que je lui déballais.  J’ai vécu mon viol comme une punition.»  Amélie Nothomb préserve son intimité. Elle a un téléphone fixe, mais personne n’a son numéro de téléphone.  Elle peut appeler, mais on ne peut pas l’appeler.  Elle a une passion pour Vertigo, d’Hitchcock. Un film sur le mensonge et la vérité. Le sentiment d’imposture, la peur qu’on ne la croit pas, sont constants chez elle. Son dernier roman sur la crucifixion du Christ, Soif, parle de la haine de soi. Amélie Nothomb confesse aller en Amazonie pour apprendre à ne pas se haïr. La mort des autres l’obsède. La grande question : « qu’est-ce qu’on fait quand l’autre meurt ? »

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